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La maquerelle en rouge...
La vraie vie de Cat-Aline
Une main délicatement griffue se tendit vers la soie du baldaquin, alors que Cat-Aline s'étirait après une toute petite nuit. Diantre, le soleil indiquait seulement la première heure de l'après-midi, tout au plus ! Seulement quinze heures de sommeil ? Il allait falloir toute une semaine pour rattrapper ça... C'est donc avec un début de migraine que l'écaflipette repoussa ses draps, marcha d'un pas hagard vers la fenêtre, et tira vivement les rideaux. La lumière aggressive fit rétrécir ses pupilles, si bien qu'elle entreprit de faire sa toilette en n'ouvrant qu'un seul oeil à la fois.
Après avoir lustré son poil soyeux, Cat-Aline se dirigea vers sa grande armoire pour choisir les vêtements qui mettraient le mieux se superbes formes en valeur. Un tas d'habits de toutes les couleurs du spectre lumineux vola bientôt dans la pièce : non, elle ne se sentait pas l'humeur bleue. Du vert ? Pour les vaches. Du jaune ? Non mais et puis quoi encore, qu'on la prenne pour un tofu ? Rose, non, violet, encore moins, noir, trop chaud, gris trop gris, blanc trop pâle et bleu... déjà dit non. L'exaspération gagnait notre chatte mais cette combinaison en soie rouge originaire de Pandala Feu ferait parfaitement l'affaire : aujourd'hui, Cat-Aline serait flamboyante, terrible, sans pitié, passionnée, amoureuse... amoureuse ? Qui sait... Y en aurait-il un assez riche ? Avec la crise brakmarienne, l'économie avait sérieusement chuté à Bonta. Les bons partis étaient ruinés, tous les territoires avoisinant n'étant remplis que d'ailes rouges et de leurs percepteurs... Pas de bon parti, pas de bon guerrier, ou trop peu. Décidément. Rien ne va plus, faites vos jeux. Il était donc temps d'aller travailler. Quelques bourses de kamas ne seraient pas de trop pour alléger l'humeur de Cat-Aline, et c'est ainsi que la Reine des Cat-Ains alla visiter ses troupes. Elle décida de commencer petit : Djane Mowo, l'énutrofette. Ca n'était pas hyper rentable l'énutrofette. Un marché de niche. De pervers ? Bon, il en faut bien pour tous les goûts... d'autant que la petite Djane faisait le meilleur café de tout Bonta. Il parait qu'elle y ajoutait de l'extrait de scarafeuille noir, ce qui semblait peu probable quand on connait le goût immonde de ces invertébrés. Les clients n'en étaient pas moins satisfaits de ses prestations millimétrées. Djane habitait au dessus de la taverne de la Bagrutte, dans un petit appartement cossu, décoré à la mode... enfin... à la mode énutroffienne. Pour peu que vous aimiez le clinquant, le brillant, voire l'outrancier ostentatoire, son repère était un modèle d'aménagement mobilier. Il semble même que Dame Ido, la décoratrice officielle de l'aile six du chateau de Bonta, se serait inspiré des goûts de Mowo pour ses plus folles créations. Bizarrement, l'aile six n'était fréquentée quasiment que par des énutrofs... Cat-Aline passa rapidement dans la taverne et poussa la porte du fond, qui donnait sur le petit escalier en collimaçon menant aux étages. Elle ne prêta pas attention aux clients douteux dont les yeux fixaient avec insistance ses attributs féminins légendaires, et prit soin d'éviter toutes les mains crasseuses qui se tendaient pour pincer ses fesses. Sans doute de nouveaux arrivés en ville, car les anciens savaient bien qu'une telle attitude pouvait vous coûter une main, voire un bras, dans les très mauvais jours de la reine des Cat-Ains... Elle posa le pied sur le palier du premier étage et sut immédiatement que quelque chose n'allait pas. Ca sentait au moins aussi mauvais qu'un groupe de kanigrous. En fait, non, ça ne sentait absolument rien. Même pas le café. Et Djane faisait du café tous les jours. Et Djane n'aurait pas pris un jour de congès sans la prévenir... La porte de l'appartement était fermée, mais pas à clé. Cat-Aline fit légèrement grincer les gonds en l'entrouvrant pour jeter un coup d'oeil. Rien. Il n'y avait personne. Depuis au moins une dizaine d'heures à vue de truffe. Tout était soigneusement rangé, mais... tout était trop bien rangé en fait. Une petite lettre posée sur un guéridon attira l'attention de l'écatte. Y était griffoné hâtivement : "Je pars, je suis fatiguée, ne me cherche pas Cat. Signé Djane." Notre flamboyante chatte, dont la curiosité était proverbiale, n'aurait déjà pas pu résister à la tentation d'en savoir plus en temps normal, mais deux faits s'opposaient radicalement à ce qu'elle suive les prières de la missive : - premièrement, Djane ne serait jamais partie sans son percolateur, qui trônait toujours sur la table de son salon. - deuxièmenent, Djane ne savait pas écrire... Anguille sous roche ? Non. Baleine sous gravillon... Roulant la lettre pour la ranger dans une poche secrète de son vêtement, Cat-Aline sortit de l'appartement, pensive. Son humeur ne s'arrangeait pas. Elle comptait à présent sur Déesse Thé, l'éniripsa, pour lui donner des informations. Déesse était très courtisée, elle. Sans doute le fantasme de l'infirmière... La file d'attente pour accéder à sa chambre était assez longue, et elle était, qui plus est, la plus grande pipelette de tout Bonta. Il n'était pas un ragot dont elle n'ait entendu parler, pas une info qu'elle ne puisse extraire sur l'oreiller, là, où il est bien connu que les langues... se délient... [à suivre...] On ne peut les compter, ceux qui désirent la main, De la reine des beautés, Cat-Aline la Catin. Mais pour la conquérir, il faut plus qu'un galant, Car elle n'a d'appétit que pour Or et Diamant. ![]() Message édité 1 fois, dernière édition par Cat-Aline, 24 Janvier 2008, 11:48 |
Tout de suite, la suite !
Déesse, avant d'être l'une des Cat-Ains les plus rentables, travaillait à l'hospice de Bonta. A cette époque, les administrateurs de l'établissement étaient méchamment en prise à des questions d'éthique, et ce à cause de la petite éniripsa. Sans parler de ses talents naturels de guérisseuse, il était de notoriété publique et géria-trique que rien n'était plus agréable que de finir sa vie à l'hospice de Bonta, et surtout dans l'aile sud, là où exerçait Déesse. Nombre de ses pensionnaires étaient morts avec heu... hum, disons un grand sourire aux lèvres. D'aucun assuraient même que la rigor mortis commençait un peu plus tôt à certains endroits du corps... L'aile sud, donc, était devenue, au fil des années, le meilleur et le plus courru mouroir de tout Amakna. Juste avant que notre Cat-Ain ne le devienne, cette partie de l'hospice n'était habitée que par de riches vieillards profitant de ses soins appliqués. Les "questions éthiques" ne se seraient jamais posées si certains de ces vieillards fortunés n'avaient pas décidé de faire de Déesse leur héritière testamentaire. Lorsque des familles influentes vinrent se plaindre auprès des administrateurs, ils décidèrent que leur employée, malgré l'indéniable visibilité qu'elle apportait à l'établissement, était la source de plus d'ennuis que de recettes et ils la congédièrent aussi sec. Cat-Aline récupéra bien vite la nouvelle chômeuse sous son aile et répandit la nouvelle que les bienfaits de Déesse Thé n'étaient plus réservés qu'aux vieux croulants et que son office était ouvert à (presque) toute heure du jour et de la nuit. C'est en pensant aux diverses possibilités de salons de soins corporels d'eniripsa, ainsi qu'à un système de forfait "guérison + détente" que Cat-Aline déboucha sur la place du Craqueboule Farceur qui faisait face à l'entrée de l'hospice, et où était situé l'appartement tout confort de sa source d'information préférée. La milice détonnait dans ce quartier tranquille. La milice ? Et qui plus est, devant chez Déesse ! La Reine des Cat-Ain se fraya un chemin parmi les badauds qui regardaient les soldats bloquer l'accès du bâtiment. Elle remarqua quelques clients habituels de l'éniripsa. Hank Ouassay, le Iop hypocondriaque, Filyp Idik, le Sram obèse, (mal) caché derrière un lampadaire, Tom Héma, le sacrieur hémophile... Tous avaient l'air inquiet. Cat-Aline se dirigea vers le Sram qu'elle aborda en ces termes : "- Toi le gros ! Oui je te vois, allez, viens par là et dis moi ce qu'il se passe ici !" Avec un peu de chance, ce tas de graisse était caché dans son coin depuis assez longtemps pour savoir quelque chose. Un Sram obèse, c'est quelque chose d'assez difficile à concevoir, aussi vous me pardonnerez cette petite digression. L'obésité chez les Srams est une tare congénitale qui se déclare à l'adolescence, mais, contrairement aux autres espèces habitant Amakna, ce ne sont pas leurs tissus adipeux qui enflent, mais leurs os. Il est de toute façon établi que les Srams ne possèdent pas de tissu adipeux et ne se nourrisent que de sang, avec un peu de gazon pour faire descendre les caillots. Enfin, c'est ce qui se dit... Filyp, se retourna l'air ébahi et ses orbites vides fixèrent Cat-Aline avec une détresse désarmante. Les Srams obèses sont la risée de leur peuple, et détestent être aperçus. S'ils réussissaient à tromper les sens du commun des mortels, cela ne marchait pas sur les Ecaflips en général, et sur Cat-Aline en particulier. La sueur perla à grosses gouttes par les pores de ses os. Heu, de sa peau, mais vous aviez bien compris que c'étaient les os qui suintaient n'est-ce pas ? "- Que... quoi... heuuu.. moi ?" Il parlait avec des trémolos et on pouvait aisément sentir l'angoisse d'être découvert l'envahir, alors que ses gros genoux claquaient l'un contre l'autre. "- Oui gros beta. Alors que se passe-t-il ? - Je... je sais pas... heu... m'dame... suis arrivé y a cinq minutes... heu... - Tu avais rendez-vous avec Déesse Thé ? - Heu... heuuuuu... - Oui ou non ? - Ou.. oui... - Et ses autres clients là, ils étaient déjà là ? - ... - Mais réponds ! - Ou-oui m'dame ! Oui, y avait... heu z'étaient là. - Tous ? - Ou-oui. - Qui est le chef de ce groupe de miliciens ? - Grr-Gr... Graimet, m'dame. - Graimet... hmmm. Parfait. Merci p'tit gars, allez file maintenant. - Oui m'dame." Graimet, le célèbre enquêteur amateur de pipe... à tabac. Cela signifiait "meurtre"... Décidément, cette foutue journée était la plus mauvaise depuis des années. Fort heureusement pour Cat-Aline, elle connaissait très bien Graimet, pas pour l'avoir eu comme client - Graimet était un des types les plus fidèles de l'univers, un vrai toutou - mais pour l'avoir cotoyé à de nombreuses reprises dans des affaires d'honneur. En effet, il arrivait régulièrement que deux quidams s'entretuent pour avoir les faveurs d'une de ses filles. L'affaire se réglait à grands coups de Cutter Sanglant, ou pire, et le plus souvent, elle intervenait en tant que témoin. Surtout pour éviter à certaines de ses emloyées pas très futées de répondre aux questions précises de Graimet. Car il n'était pas dupe le vieux milicien : quelques fois, les Cat-Ains provoquaient ces incidents et un peu de poison paralysant aidait l'un des deux duelliste à perdre. On payait grassement Cat-Aline pour ça, et Graimet le savait, bien qu'il n'ait jamais pu le prouver... ou qu'il n'en ait pas eu l'envie. En effet, la Reine des Cat-Ains ne faisait rien sans une certaine dose de moralité. Sa devise, "Accepter n'importe quoi, c'est surtout accepter le pire.", lui commandait donc un minimum de jugeotte dans le choix des victimes. Et si le fumeur de pipe n'avait jamais écroué une de ses filles, c'est peut-être que les perdants surprise de ces joutes masculines truquées étaient des violeurs, des brutes, des marchands d'esclaves, enfin bref, de belles pourritures qui ne méritaient pas grand chose d'autre qu'une mort violente et douloureuse. L'Ecate en rouge alla donc murmurer quelques mots à l'oreille d'un milicien qui rougit comme un piment et fonça à l'intérieur de l'immeuble pour en ressortir peu après, accompagné de Graimet. Son traditionnel appendice fumant à la commissure des lèvres, il plissa les yeux en voyant Cat-Aline, puis l'invita à entrer sans dire un mot. Sans plus de cérémonial, ils montèrent dans les appartements de Déesse. "- Voici la scène, madame." Furent ses premiers mots. Mais il n'eut pas de réponse car les sens de la Reine des Cat-Ains étaient bien trop assaillis pour qu'elle prenne conscience de sa voix. La chambre puait le sang frais. Tout était bien rangé, la fenêtre était ouverte et une douce brise agitait mollement les rideaux. Mais d'où venait cette odeur ? Un petit bruit de suscion attira son attention sur ses propres sandales. Elles collaient visiblement au plancher... Cat-Aline se retourna lentement, craignant ce qu'elle allait découvrir, pour faire face à l'encadrement de la porte par laquelle elle était entrée. Elle en avait vu des vertes et des pas mûres, au cours de sa vie aventureuse, et là, ça valait un bon 19 sur 20. Sur le mur, à gauche de l'entrée, était décalquée ce qui avait été une forme de vie, réduite à présent à l'état de pulpe de chair et d'os. La personne qui avait possédé cet amas de tissus avait littéralement explosé, sans aucun signe de brûlure de poudre. La cloison en était crépie. "- On pense que la victime a du surprendre le tueur.", dit Graimet en tendant une lettre à l'Ecate. Sur celle-ci on pouvait lire : "Je pars, je suis fat", d'une écriture facilement reconnaissable, soignée, un peu comme celle d'un écolier. Celle de la lettre de Djane. [à suivre...] On ne peut les compter, ceux qui désirent la main, De la reine des beautés, Cat-Aline la Catin. Mais pour la conquérir, il faut plus qu'un galant, Car elle n'a d'appétit que pour Or et Diamant. ![]() Message édité 2 fois, dernière édition par Cat-Aline, 29 Janvier 2008, 14:17 |
Cat-Aline restait pensive devant cette lettre, jetant de temps en temps un coup d'oeil aux flaques de sang en train de sécher un peu partout sur le mur et le plancher, quand Graimet pris la parole à nouveau :
"- Madame, cette fois-ci c'est une de vos filles qui a disparu, m'aiderez-vous donc ? - Bien sûr Graimet, bien sûr. Le problème voyez-vous, c'est que je venais justement voir Déesse pour glaner quelques informations. Djane a disparu également, et voyez la lettre qu'elle m'a soi-disant laissée." dit-elle en sortant de sa poche secrète la première missive soigneusement pliée. Le milicien la regarda et la compara à celle qu'il avait trouvée ici. Un regard leur suffit à tout deux pour se comprendre. "- Cat-Aline, je vois que pour une fois, on se trouve exactement du même côté de la justice, aussi je vais vous montrer les autres indices que j'ai dénichés sur les lieux... hum... du massacre." Joignant le geste à la parole, il appela l'un de ses subordonnés qui apporta un rouleau de parchemin ainsi qu'une magnifique épée finement ciselée. Les deux objets étaient couverts de sang. "- Ceci a été retrouvé sur le... hum... corps de la victime. Enfin ce qu'il en reste." précisa-t-il. Si l'épée ne fournissait d'autre indice que la classe sociale de l'amas sanguin, le parchemin, en revanche, était beaucoup plus intéressant. Un vélin de première qualité, enroulé dans un cylindre en cuir noir, frappé d'un certain symbole que Cat-Aline connaissait bien : la marque des Assassins. Ainsi, monsieur le tas de viande avait passé un contrat avec... (?) Cat-Aline, sortit le parchemin de son cylindre et le déroula d'un geste rapide et sûr. Il était codé bien évidemment, mais une vieille connaissance lui avait appris à passer outre un tel cryptage. Une vieille connaissance... qui était également le prestataire du contrat qu'elle avait sous les yeux ! "- Hmmm... vous savez ce qu'est ce parchemin ?, demanda Cat-Aline à Graimet. - Non.Et vous ?" Répondit-il laconiquement. Elle plongea son regard dans le sien quand elle répondit sans ciller : "- Pas la moindre idée, mon cher Graimet." Elle fit mine de s'intéresser à l'épée et mémorisa ses armoiries incrustées sur le pommeau. Il la regardait avec une drôle d'expression. Avait-il compris ? Quoi qu'il en soit, elle ne tenait pas à ce qu'il aille chercher plus loin sur cette piste, car, jetant une nouvelle fois un oeil sur le nouveau papier peint de la chambre de Déesse, elle allait sans doute avoir besoin de sa "vieille connaissance" très bientôt. En attendant, elle prit congès des miliciens et entreprit de marcher un peu au hasard pour s'éclaircir les idées. De toutes façons elle ne savait plus vraiment où aller. "Mon pauvre Talion, tu n'as décidément pas de chance... ton client ne te paiera pas, et cette fois-ci, toutes les menaces du monde n'y changeront rien !" pensa-t-elle avec un sourire. Mais une autre idée lui traversa l'esprit. Déjà deux de ses filles avaient disparu... Elle n'était pas loin de l'hôtel de ventes des animaux, et c'est en courant qu'elle entreprit de gagner le repère de Bridget Bardvin, l'Osamodette, la Cat-Ain la plus proche de sa position actuelle. [à suivre...] On ne peut les compter, ceux qui désirent la main, De la reine des beautés, Cat-Aline la Catin. Mais pour la conquérir, il faut plus qu'un galant, Car elle n'a d'appétit que pour Or et Diamant. ![]() Message édité 2 fois, dernière édition par Cat-Aline, 12 Février 2008, 11:39 |
Cat-Aline ne jeta pas un oeil sur le hall de vente des animaux quand elle passa, telle une bourrasque, devant les centaines de cages où attendaient paisiblement les familiers à vendre. Elle ignora les bwaks, les dragounes, les miniminos, et autres créatures attendrissantes et fort utiles qui regardaient les passants de leurs grands yeux remplis d'espoir. Elle n'accorda pas de regard aux dragodindes, derrière, dans le vaste enclos, et dont les certificats étaient cloués à un grand panneau, avec en tout petit, le prix en kamas écrit à la craie en fonction du cours du jour. Elle ne prêta aucun attention aux commissaires-friseurs qui estimaient la santé des animaux en fonction de leur dentition, de leur poil et de leur tonicité.
Là, dans une petite maison en bordure de l'enclos, se trouvait l'objectif de la Reine des Cat-Ains : Bridget. Elle choisit de passer par l'étable car la porte n'en était jamais fermée. Evitant les fientes des dragodindes et familiers de Bridget, elle poussa la porte qui donnait de l'étable au débaras. Les bottes crottées de l'osamodette étaient rangées devant les petites marches qui menaient à la cuisine, marches qu'elle gravit en un bond pour se retrouver devant la cuisinière, vombrissante du feu qui brûlait dans ses entrailles de fonte. Une casserole contenait un fond d'eau bouillante qui finissait de se changer en vapeur. Nulle trace des tofus au premier abord. Si ! Ils étaient cachés sous le banc, près de l'entrée. Ils fixaient Cat-Aline de leurs yeux craintifs et tremblaient tant que leurs plumes se détachaient toutes seules. A quelques pas, un bouftou coupé en deux dans le sens de la longueur. Le sang coulait encore... Un léger bruit à l'étage. Cat-Aline emprunta l'escalier, plus silencieuse qu'une souris. Elle avait laissé ses getas dans la cuisine pour ne pas faire de bruit. Elle dénoua ses cheveux en retirant les baguettes qui tenaient sa coiffure et, doucement, fit glisser les gaines en bois précieux qui cachaient deux lames acérées. La porte de Bridget était ouverte, aussi risqua-t-elle un coup d'oeil... Des cheveux roux flamboyants hirsutes. C'est la première chose qu'elle vit. Puis son regard fut attiré vers le lit, où l'Osamodette gigotait, pieds et poings liés, baillonée. Ses yeux grands ouverts et affolés ressemblaient à ceux des animaux fraichement capturés.. Elle regarda de nouveau vers la petite table qui servait de bureau à l'amie des bêtes. Le propriétaire des cheveux hirsutes était de toute évidence un jeune Iop. Il tirait la langue d'un air concentré, une plume à la main, traçant laborieusement des lettres sur un rouleau de parchemin. Cat-Aline déglutit. Une énorme épée rouge était posée contre la table, à ses côtés, et, comme tout le reste de son équipement, lui-même transpirait une puissance malsaine, anormale... "- HmmmmMMMMM !" Elle tresaillit : Bridget l'avait vue et l'appelait désespérément à l'aide. L'idiote ! Trop tard... Les yeux blancs du Iop étaient braqués sur la Reine des Cat-Ains. Elle n'eut même pas le temps de détailler ce visage constellé d'acnée : il avait déjà son épée en main. "- pt1 t ki ?" Il était sur elle ! L'épée se leva ! Mais comment faisait-il pour bouger si vite ? Elle ne l'avait même pas vu se lever de la chaise ! Pas le temps de penser, esquiver ! Le mur vola en éclat à l'endroit où elle se trouvait quelques micro-secondes plus tôt. Des éclats de bois et de plâtre vinrent se planter dans son épiderme. Elle plissa les yeux et plaça un bras devant son visage pour se protéger. Elle se baissa à temps. La lame rouge décrivit une trajectoire horizontale circulaire, découpant la poussière, la cloison, le mur, dans un bruit de tonnerre. "- tva crver sal0pe !" hurla son assaillant. Sans dire un mot, Cat-Aline roula vers lui, et d'un geste vif planta sa lame gauche au creux de la jambe, à la jointure de l'armure, derrière le genou. A sa plus grande horreur, ce ne furent pas de nouveaux hurlements mais un rire tonitruant qui accueillit cette attaque. Un poing monstrueux fondit vers elle à la vitesse de l'éclair. Elle se protégea comme elle put et sentit l'impact avant la douleur, alors que l'os de son bras gauche craquait sinistrement. Elle traversa ce qui restait de cloison pour atterir au pied du lit de Bridget. Celle-ci gigottait de plus belle, en vain. La poussière et la douleur voilaient sa vue. Elle vit la silhouette du Iop franchir ce qu'il restait de l'encadrement de la porte et se rapprocher en ricanant. Il s'arrêta un instant pour déloger la baguette qui était restée plantée dans son genou. "- toa tva soufrirr naab rdv o parady d cha lol ! oé jsui tro for pr toi tavé kapa etr la mdr !" Des éclairs crépitaient le long de son corps et de son arme. Il allait lancer un sort ! LE sort ? Cat-Aline pensa à l'amas de chair chez Déesse et des larmes de rage et d'impuissance perlèrent au coin de ses si beaux yeux. Mourir si jeune, si belle, sans mari ? Ecaflip l'avait-il abandonnée ? Un coup de sifflet, à l'extérieur, la ramena au temps présent. La milice ! Ni une, ni deux, elle prit appui sur le sol et bondit, féline, à travers la fenêtre. Dans une explosion de verre et de bois alors qu'une puissance dévastatrice venait de s'abattre sur l'huis, elle se retrouva à l'air libre, criblée d'échardes qui lacéraient son dos, chutant vers des miliciens ébahis. En temps normal, une écaflipette retombe toujours sur ses pattes, surtout lorsqua la chute ne fait qu'un seul petit étage. En temps normal... Fort heureusement, Cat-Aline était très agile, même pour son peuple. Et même en un temps complètement anormal comme celui-ci, elle atterit gracieusement au milieu des gardes. L'adrénaline faisait battre son coeur si fort qu'elle pensait que le sol en tremblait. Elle se retourna quand le toit de la maison de la Cat-Ain vola en fagots de chaume et en éclats de poutres. Le Iop en sortit, Bridget sur l'épaule, avant de se téléporter dans un nouvel éclat de rire infantile. Le temps que les soldats, abasourdis, ne reportent leurs regards vers le sol, à la recherche de celle qui venait d'échapper à la mort, celle-ci avait déjà disparu. Cat-Aline courait. La douleur n'importait plus : elle profitait de cet état second que provoquent les grand chocs physiques et émotionnels pour foncer vers sa nouvelle destination. Elle pensait à Graimet et le remerciait mentalement d'avoir eu la même idée qu'elle. Elle pensait à ses filles et se demandait combien, déjà, n'étaient plus en mesure d'éxercer leur art. Mais elle pensait surtout à ce Iop. Elle revoyait ce visage fou, juvénile, boutonneux. Des échos de son étrange langage résonnaient encore à ses oreilles. Et quelle puissance ! Le vieil Arthas en serait dépité ! L'ombre de la Tour des Ordres lui cacha bientôt le soleil, alors qu'elle arrivait en vue de son imposante base. Elle s'aperçut qu'elle frissonnait dangereusement. Les effets de l'adrénaline commençaient à s'estomper rapidement. Elle titubait et sa vue se troublait. Tout élément du décor semblait se fondre dans un mélange grisâtre. Elle avait mal aux genoux. Elle était tombée. Elle eut un haut le coeur lorsqu'elle essaya de se relever. Un visage pâle et boursoufflé se pencha vers elle. "- M'dame Aline ? Qu.. Qu'est-ce qu'il vous arrive m'dame ?" Filyp Idik. Cat-Aline sourit difficilement et murmura à son oreille : "Ta... Talion. Va me chercher... Tal....ion..." Et le gris fut noir. [à suivre...] On ne peut les compter, ceux qui désirent la main, De la reine des beautés, Cat-Aline la Catin. Mais pour la conquérir, il faut plus qu'un galant, Car elle n'a d'appétit que pour Or et Diamant. ![]() Message édité 1 fois, dernière édition par Cat-Aline, 12 Février 2008, 18:06 |
Naxasia découpait le plâtre patiemment, veillant à ne pas entailler le bras convalescent de Cat-Aline. Guérir en une nuit d'une triple fracture des os de l'avant-bras, voilà qui était efficace, non ? La petite éniripsa avait parfaitement accompli son travail, et il ne resterait presque plus de trace de la débâcle contre le iop d'ici quelques semaines. Pourtant... la reine des Cat-Ains était d'humeur morose. Savoir que son corps parfait allait retrouver son intacte beauté ne suffisait pas à la ragaillardir. La défaite était trop lourde, trop cuisante et sans appel pour que son moral puisse s'améliorer avant longtemps.
La veille, quand elle avait émergé de son état d'extrême faiblesse, Talion se tenait là, attentif, insondable, et surtout froid comme un cadavre. Il avait regardé Naxasia s'affairer aux soins de Cat-Aline sans rien dire, jusqu'à ce que son impatience, palpable, mais (difficilement) contrôlée, ne frise les moustaches de la reine des Cat-Ains qui avait abrégé ce petit jeu d'une salutation laconique. Talion était alors sorti de son mutisme, et après s'être enquis par pure politesse de son état de santé, avait commencé l'interrogatoire. Elle ne lui avait rien caché ou presque et l'avait observé attentivement, du coin de l'oeil. Rien ne transpirait. Mais c'était trop parfait : Talion choisissait soigneusement ses mots, ce qui signifiait qu'il en savait déjà pas mal. Il lui avait appris en retour qu'il n'avait pas accepté de contrat depuis des mois. Le document qu'elle avait eu entre les mains était pourtant authentique, elle aurait pu le certifier et cela ne présageait rien de bon. Une guerre entre assassins, et elle se retrouvait au milieu, ainsi que ses filles... Puis Talion était parti, la laissant seule, faible... inutile. Car elle savait très bien qu'il allait chercher à se mesurer au Iop (et elle lui souhaitait bien du courage) mais il ne lui avait pas proposé de l'accompagner. Depuis, elle avait passé la nuit à se morfondre, sans trouver le sommeil, en attendant que les mots de guérison de Naxasia fassent leur effet sous le plâtre. L'éniripsa avait stoppé ses incantations et s'était enfin décidée à retirer le plâtre. Voilà où l'on en était et comment on y était arrivé. Elle soupira lorsque les premiers pious commencèrent à chanter. Bientôt l'aube et elle n'avait pas dormi ! Cette frustration l'empêcha de se rendre compte à quel point les soins de Naxasia avaient été appliqués et comment la douleur avait disparu. La petite infirmière donnait le dernier coup de burin pour libérer Cat-Aline quand on frappa à la porte. Qui s'ouvrit. Sur une sacrieuse au visage austère et empli de dédain. Géhenne, la protégée de Talion. Avant que quiconque n'ait pu dire quoi que ce soit, elle avait lâché un parchemin au sol et refermé l'huis. Partie. La Reine des Cat-Ains resta bouche bée devant l'incivilité de la visiteuse, avant de se souvenir de l'antipathie que cette dernière lui vouait. En effet, de nombreux défis au cours de leurs apprentissages guerriers avaient créé une certaine rivalité entre les deux femmes et Géhenne aurait bien voulu briller à chaque fois devant Talion, en rabattant le caquet de la frêle Cat-Aline. Il n'en allait pourtant pas tout le temps ainsi, à son grand regret, et le sourire de la Cat-Ain lors de ses victoires avait peut-être finalement attisé le feu d'une jalousie inconsciente... Cat-Aline épousseta machinalement son avant-bras guéri pour enlever les morceaux de plâtre de sa soyeuse fourrure, et se pencha pour ramasser le parchemin. Il était couvert de sang à demi caillé et portait le sceau de Talion. Elle le déroula. Elle fronça les sourcils pour déchiffrer cette écriture tremblante, trop ample, constituée de lignes furieuses et d'angles tracés rageusement. La plume avait griffé le papier, lui donnant l'apparence du dos d'un pauvre gars qui vient de subir le fouet. C'était signé Talion. Et ça se terminait par "ça va se payer"... Ainsi donc, Talion avait perdu. Et pas qu'un peu. Sur un terrain favorable en sus ! Et il se trouvait pris entre le marteau et l'enclume, bientôt pourchassé par toute une horde d'assassins qui auraient pour mission de le supprimer, lui-même ayant pour objectif de pénétrer dans la bibliothèque d'Allister, gardé par les mêmes qui voudraient le liquider. Et, bien entendu, il était furieux, l'état du document l'attestait. L'encre se mêlait aux gouttes de sang, visiblement projetées par des mouvements brusques, des tâches plus pâles faisant plutôt penser à de la salive... Bien qu'elle ne sut dire pourquoi, la pensée de l'assassin rachitique, gravement blessé, répandant son fluide vital à travers toute une pièce et bavant de frustration devant sa défaite, cette pensée la réconforta, et, estimant la convalescence du Sram à au moins une journée, elle congédia Naxasia, regagna sa chambre et se jeta sur son lit ou elle se lova nue à l'abri de ses couvertures, caressée par ses draps de soie, accueillant un sommeil qui se promettait réparateur. - Non. - Alé STP stp Stp StP stPPPPé ! Tu t mari ac moi, é jt done ma pno bouftou é mon moskitno jé parfé ! - Non et non. Déjà, mon jeune ami, sache que je ne comprends pas un traitre mot de ce que tu racontes. Et cesses d'agiter tes peaux de bouftous sous mon nez, l'odeur en est insupportable ! Les Cat-Ains pouffèrent. - A moins que la laine n'ait pris ton odeur... Les Cat-Ains rirent. - Mé... alé, rgrde lano o moin ! - Que veux-tu que je fasse de cette breloque, petit mendiant, hein ? Sais-tu qui je suis ? Je suis Cat-Aline, la Reine des Cat-Ains, et ceci ne vaut même pas une minutes dans mon lit ! Les Cat-Ains rirent aux éclats. - Mé t une sal0p vazy pr ki tu t prens ?? - Ecoute-moi bien, petit ver, ton apparence même sent la basse extracte, tes manières suent la faune astrubienne, et je parie que ta tête est encore le seul endroit où l'on trouve des poils. Dégage de ma vue avant de perdre le minuscule appendice qui ne te sert qu'à tracer ton nom dans la neige, bien que je doute que tu saches l'écrire... Les Cat-Ains ne s'arrêtaient plus de rire. Le jeune souillon essayait de frapper Cat-Aline mais son épée de boisaille ne trouvait que le vide. Il moulinait pathétiquement et tombait régulièrement. Quand l'écaflipette en eut assez, elle le plaqua au sol en lui enfonçant sa sandales entre les omoplates. - Mais que voici un vilain langage ! Quelles manières ! Mes chères amies, il faudrait convenir d'une punition, ne pensez-vous pas ? - Oh oui Cat ! Il est si laid ! Et si sale ! Châtie-le bien, ce gueux ! Elle découpa les vêtements du malotru, le dénudant totalement, lui attacha les mains derrières le dos et lui fouetta le fessier avec une branche d'orties qui poussait près de cet enclos mal entretenu. Il s'enfuit en beuglant des imprécations incompréhensibles, alors que les Cat-Ains peinaient à se tenir debout en entendant les rires qui provenaient de la place du marché, lorsque la touffe de cheveux roux passa entre les étals... Sursaut. Il faisait nuit. Cat-Aline déglutit. Se pouvait-il... ? On frappa à la porte. Enfilant une simple robe de soie presque transparente, elle alla ouvrir et sans surprise, Talion entra tel une bourrasque. Une bourrasque froide cependant. Un regard leur suffit pour se comprendre. Il était l'heure de partir pour la grande bibliothèque. - Un moment Talion, je dois m'habiller. Attends-moi ici s'il te plait. Et pas de voyeurisme, tu étais assez riche, mais tu as refusé, je te rappelle., dit-elle avec un sourire malicieux. En s'habillant, elle décida de ne pas parler de son pressentiment à Talion. Enfilant une robe élégante, elle rejoignit son vieil ami, Tayal, le joaillemage, et tout deux empruntèrent le carrosse qui devait les emmener à la grande bibliothèque du château d'Amakna, où elle espérait avoir réponse à certaines questions auprès de son vieux mestre Zelmangin. [à suivre...] On ne peut les compter, ceux qui désirent la main, De la reine des beautés, Cat-Aline la Catin. Mais pour la conquérir, il faut plus qu'un galant, Car elle n'a d'appétit que pour Or et Diamant. ![]() |
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